L’INTERVIEW
Le président d’Anices, club de Maxime Montaggioni, ressent un engouement plus que positif avant ces Jeux.
Sébastien Filippini: « Ce n’est que du bonus »›
Vous avez fondé en 2007 Anices, où Maxime est vite devenu un élément prépondérant… C’est un peu la locomotive de l’association. Notre sport phare, c’est le torball, mais Maxime, c’est quand même le premier à avoir rapporté une médaille d’or paralympique sur le sol Niçois (obtenue à Pékin en 2022 en banked slalom).
Quel est votre regard sur ses chances de médaille(s) à 36 ans ?
Je le sens toujours aussi motivé à l’idée de prendre part aux Jeux. Je sais aussi qu’il a très hâte de se mesurer au niveau du plateau paralympique. Les Chinois se sont entrainés d’arrache-pied depuis les derniers Jeux à Pékin pour être des concurrents sérieux au titre. Chez nous en France, on fait des stages d’une semaine. Là-bas, ce sont des périodes d’un mois ! Maxime les a vus à certaines Coupes du monde depuis 2022 et s’est bien rendu compte que leur niveau avait augmente.
Cette concurrence peut changer son approche ?
On ne va pas aux Jeux pour finir quatrième. C’est un compétiteur, comme il l’a toujours été, et veut encore être sur le toit mondial. Il a déjà connu la médaille d’or, son nom est déjà gravé dans le marbre du handisport français, alors il veut connaître à nouveau cette sensation. Ce n’est que du bonus maintenant. En tout cas, l’engouement que l’on sent autour de lui est très positif. On n’a pas besoin de lui dire de donner le meilleur de lui même, parce que c’est ce qu’il va faire naturellement.
En cas de médaille(s), ce sera fêté allègrement?
On n’a pas mis les bouteilles de champagne au frigo, on attend de voir (rires). S’il y a une médaille au bout, on essayera de faire comme après Pékin, un bon restaurant avec ses amis, les membres d’Anices, les partenaires… On aimerait aussi diffuser sa course du 14 pour réunir du monde à l’association (voir programme). Et surtout, qu’il n’ait aucun regret !
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JEUX PARALYMPIQUES SNOWBOARD
Tout juste devenu papa, Maxime Montaggioni dispute ses deuxièmes et derniers Jeux en Italie. Un évènement qu’il veut aborder avec décontraction et un mot d’ordre : profiter.
Montaggioni, tête légère
Par Aurélian Marre
Les cris de la petite Molly brisent le silence de la maternité de L’Archet, à Nice. Assis aux côtés de sa conjointe Marina, Maxime Montaggioni est officiellement papa, à 36 ans. « Elle m’a appelé le samedi 21 au matin, en train de perdre les eaux, raconte l’Azuréen qui devait prendre part ce week-end- là à sa première manche de Coupe du monde de snowboardcross en 2026 à Lenk, en Suisse. A midi j’étais sur place, à 19 h elle accouchait.»
En l’espace de quatre ans, l’enfant de l’Anices (Association Niçoise d’Initiatives Culturelles et Sportives) vient d’expérimenter ce qu’il peut y avoir de plus beau dans la vie d’un sportif et dans celle d’un homme. «Je sais que ça peut choquer, mais si la naissance du bébé a été tout aussi émouvante que l’or olympique de 2022, elle a été moins intense à vivre pour moi. En tant qu’homme, j’ai mis plus d’énergie dans la médaille que dans l’enfant. Je ne me suis pas effondré en larmes comme en Chine.»
Des doutes sur sa prépa…
À Pékin, le Niçois devenait champion paralympique de banked slalom alors qu’il n’était pas forcément dans la meilleure forme de sa carrière. Septième du général de la Coupe du monde en 2021 puis l’année de sa médaille d’or, Montaggioni avait pourtant sorti un deuxième run de folie pour coiffer le Chinois Lijia Ji de 45 centièmes. Son compatriote Yonggang Zhu, en bronze, confirmait déjà la montée en puissance de l’Empire du Milieu dans la discipline après une domination américaine. Des Asiatiques encore principaux adversaires de l’Azuréen à Cortina d’Ampezzo. « Pour le para-sport, c’est fantastique. La discipline s’est vraiment professionnalisée. Entre les 6 ou 7 Chinois et les autres, il y a dix prétendants à la médaille. »
Engagé dans deux disciplines, le snowboard cross et le bande slalom, Maxime Montaggioni devait justement s’entrainer dans la première avec trois videurs de haut niveau. Problème, à deux semaine des Jeux, le trio l’a lâché pour disputer des Coupes d’Europe en individuel.
« Il y a quatre ans, j’étais obsédé par la médaille. Maintenant, mon deuxième rêve est d’en partager une en famille. »
Tandis que la Fédération française handisport (FFH) plaide un souci inédit de calendrier, l’Azuréen ne se sent logiquement pas au top. « Le stage aux Saisies avec l’Équipe de France n’était pas au niveau, on ne peut pas dire que ma préparation a été bonne. Pour être honnête, je ne suis pas très confiant d’un point de vue technique. Mais l’envie, elle est toujours là. »
Le para-snowboard, né avec une malformation congénitale du bras droit, est soutenu par toute une tribu Vénétie. Copine, bébé, meilleur ami, mais aussi deux membres de son association de l’Anices dont Patrice Barattero le responsable de la section para-snowboard.
« J’ai encore une médaille en snowboard cross à aller chercher. J’ai réalisé mon premier rêve, le deuxième est de partager une médaille en famille, avec ma petite fille. Mais je n’ai plus cette pression, cet ultimatum que je m’étais fixé, d’avoir absolument l’or il y a quatre ans. L’idée, c’est plutôt de profiter. S’il n’y a rien au bout, je serai moins déçu que ce que j’aurais été à Pékin, avoue le récent père de famille. J’étais complètement obsédé par la médaille. Depuis, j’ai muri, le snow reste ce qui me fait me lever quotidiennement mais on a construit une maison avec ma copine de l’époque, et on a eu un bébé, il y a autre chose dans la vie. »
… Mais un tracé qui le sied.
Révolu, le temps douloureux de sa rupture du ligament d’un genou sur le sol coréen, le privant des Jeux 2018 de Pyeongchang. C’est un niçois détendu qui se présente en cette fin d’hiver en italien, mais toujours aussi « compétiteur » pour le président d’Anices, Sébastien Filippini.
« Quand nous, les bénévoles on s’octroie une bière, lui fait toujours du sport (rires). » Il sait également que le parcours peut jouer en sa faveur. « Contrairement aux valides, il a l’air de donner beaucoup moins de crédit à l’aspiration. J’aime ces tracés rapides, ces courses d’un jour. Je n’ai jamais eu peut de prendre des risques ça peut me réussir. »
Quel plus beau final rêvé pour un Niçois qui pourrait alors réfléchir à sa retraite sportive « si les Jeux se passent bien. Sinon, la question sera de voir si je pousse jusqu’aux Championnats du Monde l’année prochaine ».




